L’acronyme GAFAM (aujourd’hui GAMAM) est bien connu du grand public mais on ne sait pas exactement ce qu’il veut dire, ni surtout ce qu’il implique.
Les GAFAM sont 5 entreprises américaines qui ont la main mise sur l’économie numérique mondiale : Google, Apple, Facebook (aujourd’hui Meta, d’où le changement du F en M), Amazon et Microsoft. Ces géants du net concentrent à eux seuls la majorité des services numériques mondiaux.
Chacun dans leur domaine exerce un quasi monopole. A titre d’exemple, Google, le moteur de recherche, est utilisé par 90% des utilisateurs du web. Amazon génère 34 % du commerce en ligne…
Pourquoi sortir des GAFAM ?
Mais alors, vous nous direz, si ces services sont utiles et performants, pourquoi s’en passer ? Et bien, pour plusieurs raisons.
Monopole
Cette hégémonie mondiale réduit le libre choix aux utilisateurs. Par exemple il faut faire un gros effort de recherche pour acheter un nouvel ordinateur qui ne soit ni sous Windows (Microsoft), ni un Mac (Apple).
Fiscalité
Alors qu’il génèrent un chiffre d’affaires conséquent (c’est peu de le dire) en Europe, ils usent et abusent de l’optimisation fiscale, en se domiciliant dans des paradis fiscaux et en ne payant que des miettes des impôts qu’ils devraient aux États.
Profilage
Ces services, gratuits ou non, pratiquent un profilage très avancé de leurs utilisateurs, aspirant leurs données personnelles pour générer des publicités ciblées ou entraîner des IA.
RGPD
Le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) en Europe protège les citoyens à minima en obligeant les services numériques à les informer sur l’utilisation qu’ils font de leurs données personnelles. Les citoyens européens doivent pouvoir en toute liberté accepter ou refuser cette utilisation.
Il se trouve que Google ne le respecte pas. Si vous avez un compte Google, l’entreprise peut librement accéder à vos informations, à vos photos déposées sur le drive ou lire vos email… Officiellement pour améliorer ses services.
Bilan carbone
Les centres de données (Data Centers) utilisés par les GAFAM émettent plus de CO2 que l’Algérie, et ils sous-estiment leurs chiffres fortement (c’est 7 fois plus, d’après un article du Guardian). D’ici 2030, leurs émissions pourraient augmenter de 160%. Le site de l’ADN, vient d’ailleurs de révéler que ces entreprises qui sont des ogresses en matière d’énergie investissent massivement dans les énergies fossiles.
Mais le greenwhasing fonctionne à plein régime et chacune annonce être neutre en carbone !
Souveraineté
Avez-vous remarqué que ces services sont tous étatsuniens ? Imaginez qu’un jour le pays ait à sa tête un président fou qui décide de couper l’accès à ces services numériques au reste du monde, ou bien d’utiliser leurs données à des fins belliqueuses… Imaginez seulement ! Il serait peut-être temps de regarder ce qui se fait en Europe pour retrouver une certaine souveraineté numérique…
Sécurité
D’ailleurs, au delà de ce scénario fictionnel, une panne ou un piratage peut toujours survenir, et dépendre de ces seuls services c’est prendre le risque de tout perdre en cas de catastrophe de cet ordre.
Quelles alternatives aux GAFAM ?
Rassurez-vous, le tableau n’est pas aussi noir et désespéré ! Internet n’est pas qu’un réseau dérégulé, dangereux et plein de trolls. C’est aussi un espace d’échanges de connaissances, d’innovations et de différentes visions du monde.

La notion d’Open Source s’applique aux logiciels dont l’usage et la transformation sont libres et ouverts à tous. C’est une démarche qui part du principe qu’en collaborant ensemble et en ouvrant l’information (et le code source des logiciels) tout le monde peut améliorer les logiciels ou les services concernés. Ces Logiciels Libres s’opposent donc aux logiciels « propriétaires » pour lesquels il faut payer une licence (par exemple Adobe, ou Microsoft Word).
Pour un usage quotidien, il existe de nombreux services open source : Alors, oui, ils ne sont pas toujours aussi jolis que les leaders des GAFAM, mais ils sont tout aussi efficaces !
Ci-dessous, voici quelques logiciels et services en ligne qui peuvent remplacer les géants de la Big Tech.
Framasoft
Framasoft n’est pas un logiciel, mais un réseau associatif qui met en avant un certain nombre de logiciels libres. Sur leur site on trouve une multitude d’outils : Framagenda, Framadate, ou Omnitools. Tous ces services remplacent simplement la suite bureautique Google, une carte routière, un calculateur de tension électrique ou encore un variateur de vitesse d’un fichier audio !
Navigateurs
- Brave est un logiciel libre qui met l’accent sur la protection de la vie privée. Il est basé sur Chromium (la version open source de Google, donc il a ses qualités sans aspirer vos données). Il est léger et rapide et a un bloqueur de publicités intégré.
- Firefox est également open source, et s’il faut aller faire quelques réglages dans les paramètres pour bien s’assurer de bloquer les traqueurs, il reste très performant et a une faible consommation énergétique ce qui le rend relativement écologique.
Moteurs de recherche
À la différence du navigateur, qui est l’outil qui vous permet d’aller sur n’importe quel site, le moteur de recherche n’est qu’une page, un annuaire géant où faire ses recherches. Soyons honnêtes, Google reste à ce jour le plus efficace, surtout lorsque l’on veut faire des recherches un peu pointues.
Mais pour les recherches du quotidien, il existe quelques alternatives intéressantes :
- Qwant : français et qui met l’accent sur le respect de la vie privée
- Lilo : français et qui finance des projets écologiques et solidaires
- Ecosia : allemand et qui plante des arbres
Bureautique
Difficile de faire l’impasse sur Word, Excel ou Powerpoint (qui sont des logiciels de Microsoft). Pourtant il existe des alternatives libres qui sont tout aussi efficaces, et qui sont même devenues compatibles avec les fichiers de la suite (une suite étant un ensemble de logiciels) Microsoft Office.
- Libre Office
- Open office
Si les deux suites bureautiques se valent, la différence va se jouer sur la convivialité plus avancée chez Libre Office, et la compatibilité avec des systèmes plus anciens chez Open Office.
Pour aller plus loin encore
Vous êtes prêts à sauter le pas et à vous dégoogliser encore plus ? Voici quelques pistes :
Service email
Gmail, Outlook, Yahoo, c’est mastodontes sont indéniablement pratiques (et gratuits !). Mais il existe des alternatives européennes toutes aussi pratiques et fonctionnelles. Deux exemples :
- Mailo : c’est un service français, très sécurisé qui respecte votre vie privée. Sa version gratuite offre 1 petit Giga d’espace de stockage pour son webmail.
- KMail : proposé par l’hébergeur Infomaniak, en Suisse, il met l’accent sur la sécurité, la vie privée et offre 20 Giga de stockage pour son webmail.
A titre de comparaison, Google offre 15 Giga maximum, Drive compris.
Stockage en ligne (Cloud)
Pour remplacer Google Drive ou One Drive, l’idéal serait de ne rien stocker en ligne, histoire de ne pas trop faire chauffer la planète à cause des data centers. L’idéal serait donc de sauvegarder ses données sur un bon vieux disque dur externe, ce qui aurait comme autre avantage de préserver la sécurité, car il suffit de le débrancher physiquement de sa machine pour que les données soient inaccessibles par des tiers.
Mais il est parfois utile voire indispensable d’avoir un espace de stockage sur un serveur, pour pouvoir accéder à certains fichiers d’une machine à l’autre, ou d’un continent à l’autre.
- Twake Workspace est un équivalent français au workspace de Google. Il propose un espace de stockage de 5 Go (dans son offre gratuite) un service mail et une messagerie instantanée. Pour avoir un espace de travail collaboratif ou type Google sheets ou Google docs, il faudra opter pour la version payante.
- KDrive est le service de stockage en ligne d’Infomaniak (l’entreprise suisse). Ils proposent 15 Go de stockage dans leur version gratuite ainsi qu’un espace de travail collaboratif de texte, de feuilles de calcul, et de présentations.
Système d’exploitation
Si Windows (Microsoft) et MacIntosh (Apple) sont deux systèmes d’exploitation incontournables, il existe un « petit » système hors système et open source depuis de nombreuses années : Linux.
Longtemps réservé aux geeks et autres informaticiens que l’on imaginait boutonneux et asociaux, Linux s’est depuis quelques années démocratisé et a su se rendre plus accessible au grand public.
L’installation est devenue relativement simple quand on veut changer de système d’exploitation sur son ordinateur. Et l’environnement est devenu familier pour les anciens utilisateurs de Windows ou Mac, ce qui permet de ne pas être totalement perdu. Enfin, de nombreux logiciels grand public sont compatibles avec Linux.
Seules ombres au tableau :
- Beaucoup de logiciels de PAO ne sont pas supportés par Linux;
- Beaucoup de logiciels de jeux ne sont pas compatibles non plus.
Par quoi commencer ?
La liste des alternatives aux GAFAM pourrait être sans fin. Ce qu’il faut retenir c’est qu’il faut éviter de mettre tous ses œufs dans le même panier.
Pour ne plus être dépendant des GAFAM, mieux vaut y aller petit à petit, en fonction de vos habitudes, de vos usages, de ce qu’il vous parait indispensable ou non. Sinon la tâche semble insurmontable !
Vous pouvez commencer par vider vos clouds de vos vieilles photos de 2012. Imprimez-les et mettez-les dans un album photo. Vous ferez un geste pour la planète en libérant de l’espace dans les data centers, et vous ferez un geste pour votre vie privée.
Puis optez pour un navigateur et un moteur de recherche qui vous respectent et respectent la planète.
Au fur et à mesure, vous prendrez de nouvelles habitudes et chaque nouvelle étape pourra vous amener un peu plus loin.
Quant à Amazon, pour s’en passer, rien de plus simple : sortez de chez vous, et si vous le pouvez, rendez-vous dans votre librairie de quartier ou votre disquaire. Qui sait, vous pourriez rencontrer des gens formidables qui sauront vous conseiller au mieux !
Image à la une : Huzaifa abedeen, CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons






